C’est la Crise

jeudi 26 mars 2009

En gros titre partout, tous les media s’en gargarisent. C’est la crise ! On entend partout ce refrain là Mais, qu’est-ce qu’une crise économique ? Comment l’expliquer ? Pouvait-on la prévoir ? Que peut-il en découler ? À quand la prochaine ? Pourra-t-on l’éviter ?

Dans son sens large, une crise est une dégradation brutale d’une situation considérée comme favorable.

C’est en même temps un moment charnière entre deux périodes (par exemple la crise de l’adolescence), période difficile à vivre mais qui, si les bonnes décisions sont prises, devrait déboucher sur une nouvelle situation à nouveau favorable (il faut bien passer de l’état d’enfance à celle d’adulte).

Les crises économiques n’ont pas toujours été semblables à celle que nous vivons aujourd’hui.

La crise de sous-production

Jadis, lorsque la majorité de la production était d’origine agricole, une mauvaise récolte due à des intempéries pouvait entraîner des famines, des épidémies voire des guerre, dans un cercle vicieux dont le principal élément perturbateur résidait dans le fait qu’on était en sous-production ! La crise était due au fait que l’on ne produisait pas assez ce dont les populations avaient besoin pour subsister. C’était une crise de sous-production de valeurs d’usage (ce dont on a besoin). Beaucoup de pays vivent encore ces crises.

Le nouveau régime est celui issu de la révolution industrielle et qui continue aujourd’hui avec la révolution des services que l’on appelle en gros régime capitaliste.

La crise de sur-production

La différence avec le précédent système n’est pas seulement le fait d’être passé de l’agriculture à l’industrie puis au tertiaire. Elle réside dans le fait que l’on produit des valeurs d’échange. La plus grande partie de la production est réalisée dans l’objectif de faire du profit. On produit des marchandises, biens destinés à être vendus et non simplement des biens utiles ; on peut même produire des objets (gadgets) qui ne servent à rien, pourvu qu’on puisse les vendre ! Ce qui signifie que l’on doit fournir aux consommateurs un pouvoir d’achat nécessaire (quitte à créer des besoins) pour écouler une marchandise toujours plus importante. Il suffit donc pour qu’il y ait un problème, qu’à un moment les consommateurs (qui sont en majorité des salariés) n’aient plus assez de pouvoir d’achat pour acquérir toute la production. Mais alors ce n’est plus une crise de sous-production, mais une crise de sur-production. Cela paraîtrait aberrant à nos ancêtres, mais c’est parce qu’on produit trop par rapport aux capacités d’achat des salariés qu’il y a crise économique.

Quelle que soit la raison du déclenchement de cette crise (aujourd’hui immobilière puis financière, en 1929 boursière), le scénario est le même : situation favorable, on produit de plus en plus, mais conjointement on restreint de plus en plus les salaires pour faire plus de profit, et à un moment ça ne marche plus. Il y a crise de sur- production de valeurs d’usage. Les entreprises réduisent leurs productions, licencient, cercle vicieux car plus elles licencient plus le pouvoir d’achat est réduit (les chômeurs consomment moins), et la crise s’étend.

Activité cyclique

Ce qui est fou, c’est que tout le monde sait que ce système entre régulièrement en crise. Le capitalisme a ce qu’on appelle une activité cyclique, comme un cercle (un cycle) qui, si on le fait tourner, revient toujours au même point. On sait en gros que, depuis que le capitalisme existe, on en a une sévère crise tous les 25 ans ; et que plus on « laisse faire » plus elle s’approfondit. On y est ! Que s’est-il passé alors qu’on savait que cela arriverait ?

L’État et ses régulations

La dernière grande crise (celle de 1929), appelée aussi dépression, a été si catastrophique (chômage de masse, protectionnisme, nationalisme, puis guerre mondiale) qu’à partir des années 50, on a décidé de réguler une économie trop libre, de faire le procès du « laisser faire », du libéralisme, de faire intervenir l’État pour mettre en place des protections sociales, de développer les services publics, les nationalisations etc… Toutes ces mesures étaient destinées à corriger en faveur des populations les plus populaires les effets des crises. Or, depuis les années 80, l’État et ses interventions, l’État et ses régulations, est devenu (paroles de Ronald REAGAN) « plus un problème qu’une solution ». On a donc (et même les gouvernements sociaux-démocrates ont cédé à cette « mode » du libéralisme) dérégulé, fait reculer l’état, privatisé les services publics, fait baisser les protections sociales et les investissements collectifs, baissé les impôts, accordé plus de libertés aux détenteurs de capitaux. Même ceux qui avaient comme priorité l’emploi suivaient un adage très en vogue « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain » (Helmut SHMIDT). On fait mine de s’étonner que « les profits d’aujourd’hui font la spéculation de demain et la crise d’après demain ».

Une autre façon de fonctionner

On a donc privilégié pendant près de trente ans les profits sur les salaires, le privé sur le public, et remis en question l’État providence. Résultat de cette dérégulation : la spéculation, l’absence de règles, la baisse des salaires et des protections sociales, la course au profit maximum et la crise de sur-production qui devait à un moment ou à un autre arriver. La question que l’on doit se poser aujourd’hui où tout le monde (même à droite) redécouvre les bienfaits de l’État est celle-ci : Si on s’en sort, est-ce que l’on va recommencer les mêmes erreurs d’une dérégulation sauvage ? Ou est-ce que ce n’est pas le moment de penser à rendre « les bonnes décisions ».

Réhabiliter l’état interventionniste et régulateur, non pas pour le temps de la crise, non pas pour renflouer des banques qui nous ont floués, mais pour penser une autre façon de fonctionner que celle de ce système dépassé et inique qui après les dégâts sociaux et écologiques, fera comme si de rien n’était, repartira de plus belle dans « plus de profits, plus de spéculation et moins de salaires » et amènera automatiquement une nouvelle grande crise dans 25 ans.

Article rédigé par Ramsès


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