Pendant plusieurs semaines, les français ont ainsi pu légitimement se demander si, pour l’UMP, il y avait une élection européenne. Pas d’idées
et pas d’équipes ! La gauche faisait campagne seule, dans une indifférence médiatique d’ailleurs problématique, et les sondages remplaçaient les débats de fond. Désormais, à moins de deux semaines du scrutin, on nous ressert les bons vieux marronniers de la sécurité et de l’immigration, censés regrouper les électeurs conservateurs derrière l’UMP, y compris ceux portés vers l’extrême droite, comme cela a été le cas lors de l’élection présidentielle de 2007. Comme l’énonce Brice Hortefeux, " les fondamentaux sont les domaines
régaliens : justice, sécurité, immigration. C’est là-dessus que les électeurs se déterminent. Le reste, l’économie, c’est mondialisé ".
Eh bien non !
L’enjeu est d’abord économique et social.
Et la résignation ne doit pas servir de
programme car de cette élection pourrait
découler beaucoup de notre avenir. La zone
européenne est en récession, plus forte encore
que dans les autres grandes zones économiques.
Mais l’Europe est la solution, la seule solution.
La restauration de la confiance et le retour de la
croissance ne pourront se faire qu’à travers un
nouveau projet européen, construit autour d’un
programme de relance conséquent, fédérateur
et innovant.
Conséquent car le monde est aujourd’hui
confronté à une puissante crise de demande. La
dépense est bridée à la fois par le rationnement
du crédit de la part de banques mal en point et
par une remontée de l’épargne des ménages,
causée par la fonte de leur patrimoine financier
pour une minorité, par l’inquiétude sur l’avenir
pour la majorité. Conséquence : les chefs
d’entreprise réajustent par anticipation leurs
productions et les effectifs à la baisse, ce qui
accroit la récession. Ce cercle vicieux ne peut
être cassé que par une intervention forte de
l’Etat.
Or,
le plan de la Commission européenne n’est que de 1,5 % du PIB,
dont 1,2 % à la charge des
Etats. En comparaison, le plan américain est de
plus de 4 % du PIB. Pour la France, c’est 26
milliards, en fait 15 milliards si l’on enlève les
mesures de trésorerie.
Il nous faudrait en France un plan de 100
milliards d’euros pour sortir de la crise et en
Europe une volonté beaucoup plus forte, y
compris en utilisant le budget européen.
Ce projet doit aussi être fédérateur. Car pour
inverser les anticipations pessimistes, il faut un
dessein susceptible de restaurer la confiance en
l’avenir et de fédérer les énergies. C’est d’abord
l’occasion ou jamais de coordonner les politiques
budgétaires au sein de l’Union européenne.
Pour être efficace, la relance doit être menée
dans tous les pays à la fois ; le jeu du "passager
clandestin" mène à une récession longue.
Une stratégie d’investissements coordonnée et ambitieuse
est ainsi réclamée par les socialistes.
Ensuite, cette relance doit s’accompagner d’une
réelle mobilisation en faveur de l’Europe sociale
et de la défense des services publics afin de
montrer aux citoyens européens que l’Europe
les protège et est d’abord un modèle de société
fondé sur un haut niveau de protection sociale.
C’est pour cela que le PSE défend l’idée d’un
pacte européen pour l’emploi et d’un pacte
européen pour le progrès social.
Enfin le projet doit être innovant.
La crise économique survient sur fond de crise écologique.
Le plan de relance doit être l’occasion
d’orienter l’économie vers un modèle de
croissance plus écologique, qui sera de plus
source de très nombreux emplois nouveaux.
Il faut investir massivement dans les transports
collectifs, dans les énergies renouvelables, dans
la rénovation thermique des bâtiments,… En
France, l’occasion a été manquée. Les projets
de lois dits "Grenelle" en discussion cet été le
montrent amplement.
L’enjeu de cette élection européenne est important.
Une majorité de gauche au
Parlement européen permettrait de lutter
efficacement contre la crise et de mettre en place
les conditions d’une juste répartition des
richesses pour les populations.
Une majorité de gauche permettrait de redonner
en définitive un sens au projet européen.


